Éditions Fradet
Reims 


 

Reims 1000-1600
Six siècles d'événements

Daniel Pellus







13 février 1575 : le sacre d'Henri III
par Daniel Pellus

    Le 11 février 1575, Henri III fait son entrée à Reims, où il doit être sacré. Il est accueilli à la porte de Vesle, ornée des armoiries de la ville et de nombreuses fleurs de lis, sur l’inscription en lettres d’or : «Dieu en soit garde». Une belle jeune fille montée sur un chariot, accompagnée de deux petites filles habillées à l’ancienne représentant la Paix et la Concorde, lui présente les clefs de la ville et récite ce poème :
   
    Des Très-hauts Roys de France et de Pologne,
    De Rheims, qui suis, comme ai toujours été,
    Très humble ancelle à  votre majesté,
    En vous gardant, sans varier, ma foi,
    Or recevez, mon très honoré roy,
    Les clefs de moi et de chacune Porte,
    Que pour présent humblement vous apporte.

    Un détail que l’histoire a un peu oublié : Henri III est aussi roi de Pologne. Selon une curieuse coutume, dans ce pays le roi était élu par la noblesse polonaise. Catherine de Médicis, la mère d’Henri III, eut l’idée de présenter son fils, qui appartenait à une nation aimée des Polonais. Elle fut aidée par Mgr Jean de Montluc, évêque de Valence, qui entreprit d’habiles négociations et finit par faire évincer les autres prétendants à la couronne, présentés par le tsar de Russie, le roi de Suède, l’empereur d’Autriche. Henri III fut donc élu. La noblesse ne souhaitait manifestement pas un roi polonais, mais préférait un roi venant d’un pays éloigné dont on n’avait rien à redouter... Henri III se rendit à Varsovie, mais il n’eut guère le temps de faire l’apprentissage de la royauté. Peu de temps après son arrivée, il apprit la mort prématurée de son frère, le roi de France Charles IX, à l’âge de 24 ans, auquel il succédait. Il quitta la Pologne et revint en France.
    En ce 11 février 1575, Henri III trouve donc normal qu’on acclame lors de son arrivée à Reims le «roi de France et de Pologne», et que figurent sur le cadeau qu’il remet à la cathédrale de Reims – la maquette d’un navire «dans lequel sont les onze mille Vierges d’argent doré» – les armoiries de France et de Pologne.
    Le sacre a lieu le dimanche par l’évêque de Metz. La cérémonie se déroule avec la magnificence habituelle. Le soir, les échevins font allumer de nombreuses lanternes pour éclairer le bal et les autres réjouissances prévues au programme.
    Les festivités vont se poursuivre pendant deux jours. Le lendemain du sacre, Henri III se fiance dans le palais archiépiscopal avec la fille de Nicolas de Lorraine, Louise, qui l’avait frappé par sa beauté lors d’un passage en Lorraine, deux ans plus tôt.
    Le mariage est célébré le lendemain par le cardinal de Bourbon. Le roi arrive à la cathédrale, richement vêtu. Il est conduit au grand autel au son des trompettes, des clairons et des hautbois, accompagné du duc de Lorraine, du cardinal de Guise et d’un grand nombre de cardinaux, d’évêques, de seigneurs, chevaliers, capitaines et gentilshommes. Derrière arrive Louise de Lorraine, vêtue d’un long manteau de velours violet semé de fleurs de lis d’or, puis Catherine de Médicis, entourée de princesses richement habillées et parées. Après la messe célébrée par le cardinal de Bourbon, l’assistance se rend au palais archiépiscopal où a lieu le banquet, suivi d’un bal qui se poursuivra jusqu’au soir.
    Le récit publié par l’imprimeur Jean de Foigny se termine par ces phrases : «Je prierai Dieu qu’il nous fasse cette grâce que le sacre, et sainte onction reçue par le roi lui profite en augmentation de force, et puissance contre ses ennemis, et que de ce saint mariage puisse sortir de beaux enfants, qui soient nos rois à l’avenir. Et encore que Dieu lui fasse grâce de tellement gouverner son royaume que puissions vivre sous son obéissance, et enfin tous parvenir au royaume des cieux.»
    L’épithalame composé par le poète Noël Gillet se termine par cette strophe :

    Et vous, sacre Majesté
    Et vous, ô sage Princesse
    Vivez en bonne santé
    Jusque en votre vieillesse :
    Vos ans soient ceux de Nestor
    Peuplés d’une bonne race,
    Puis Dieu vous fera la grâce
    De vous seoir en trône d’or
    Hymen, Hymen, Hyménée
    O Hymen, ô Hyménée

    Extrait de Reims 1000-1600 - Six siècles d'événements de Daniel Pellus. © Éditions Fradet, 2007. Tous droits réservés.





Le sacre des rois
de France à Reims



1575_henri_III.jpg

Henri III. Par Thomas de Leu.
BMR