Éditions Fradet
Reims


Dernière mise à jour :
27/4/2018

Reims 1600-1800
Deux siècles d'événements

par Daniel Pellus




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Le Couronnement
de Louis XVI :
L’habillement du Pair
Duc d'Aquitaine.
BMR.


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Le Couronnement
de Louis XVI :
L’habillement d’un des six
Gardes Écossais, Monsieur
Poumier de la Salle.
BMR.











11 juin 1775 : le sacre de Louis XVI
par Daniel Pellus
  

    Pour la seconde fois en ce XVIIIe siècle, les Rémois vont vivre un événement exceptionnel : le sacre d’un roi, Louis XVI. La ville a retrouvé sa parure de fête. Pour accueillir le jeune roi, on a dressé à l’entrée de la cité, là où doit se dérouler la traditionnelle remise des clés, deux figures colossales représentant la Justice et la Piété. Plus loin, au bout de la rue du Bourg-de-Vesle, un arc de triomphe est édifié près de la porte aux Ferrons, une vieille porte qui existait à l’emplacement de l’actuel théâtre et sera démolie après le sacre.
        Pour la seconde fois en ce XVIIIe siècle, les Rémois vont vivre un événement exceptionnel : le sacre d’un roi, Louis XVI. La ville a retrouvé sa parure de fête. Pour accueillir le jeune roi, on a dressé à l’entrée de la cité, là où doit se dérouler la traditionnelle remise des clés, deux figures colossales représentant la Justice et la Piété. Plus loin, au bout de la rue du Bourg-de-Vesle, un arc de triomphe est édifié près de la porte aux Ferrons, une vieille porte qui existait à l’emplacement de l’actuel théâtre et sera démolie après le sacre.
    Depuis le portail de la cathédrale, une galerie en colonnades mène à l’appartement du roi à l’archevêché. A l’intérieur de l’édifice, les piliers sont entourés de tapisseries. Des deux côtés de la croisée se trouvent les deux principales tribunes : à droite celle de la reine, à gauche celle des ambassadeurs.
    Le dimanche 11 juin 1775, à 7 heures du matin, le roi franchit le seuil de la cathédrale, tandis que les trompettes, soutenues par les tambours et les hautbois, éclatent sous les voûtes. Louis XVI est vêtu d’une longue robe de toile d’argent, coiffé d’une toque noire surmontée d’une aigrette blanche et d’un cordon de diamants. Il a fière allure, ce jeune homme de vingt ans qui s’est déjà, pendant les treize mois qui ont suivi la mort de son grand-père Louis XV, habitué à ses nouvelles fonctions de souverain. Sous les regards des invités qui occupent les tribunes depuis 5 heures du matin, il se dirige vers le maître-autel où l’attend l’archevêque de Reims, le cardinal de la Roche-Aymon, puis il se dirige vers son trône. Alors commence le long rituel de la cérémonie du sacre.
    C’est d’abord l’arrivée de la Sainte-Ampoule contenant le liquide qui va servir aux onctions. Elle est portée par l’abbé de Saint-Remi accompagné de ses chevaliers. Après les onctions, le roi est invité à prêter les serments habituels : de maintenir la paix de l’Église, d’empêcher les rapines et les iniquités, d’assurer l’observance de la justice... Brusquement, le roi baisse le ton, et rend inintelligible sa lecture : le passage escamoté concerne la détermination de chasser du royaume les hérétiques. Or on sait que le roi préfère la conversion à l’exclusion. Puis sa voix redevient claire et forte pour le suite du serment : «Nous, Louis, jurons et nouons solennellement en vos mains, à Dieu le créateur, de vivre et mourir en la sainte foi et religion catholique, apostolique et romaine, comme un bon roi très-chrétien appartient, et plutôt mourir que d’y faillir; de maintenir à jamais l’ordre du Saint-Esprit sans jamais le laisser déchoir, amoindrir et diminuer, tant qu’il sera en notre pouvoir; d’observer les statuts et ordonnances dudit ordre, entièrement, selon leur forme et teneur, et les faire exactement observer par ceux qui sont et seront ci-après reçus audit ordre, et par exprès ne contrevenir jamais, ni dispenser ou essayer de changer ou muer les statuts irrévocables d’icelui».
    Lorsqu’arrive le moment du couronnement, la reine Marie-Antoinette ne cache pas son émotion. L’écrivain Marmontel, qui assiste à ce «spectacle auguste et sublime», écrira : «Oublierais-je dans ce tableau ce qu’il y a de plus touchant? La reine, qui avait suivi des yeux tous les détails de la cérémonie avec le plus tendre intérêt, immobile, attentive, et respirant à peine, ne perdant pas le roi de vue un seul instant, soutenait son émotion et se soulageait par ses larmes. Mais au moment du grand éclat, de l’allégresse universelle, à ce moment du plus beau triomphe qu’ait jamais décerné l’amour, l’impression a été trop forte, elle n’a pu y résister et, obligée de sortir pour respirer, elle a perdu quelques instants du plus beau jour de sa vie. Cette scène touchante n’a fait que redoubler l’enthousiasme de l’assemblée, et quand la reine a reparu, la Nation a rempli le plus cher des vœux de son roi, et l’a fait jouir à son tour de l’hommage adressé aux vertus de la reine».
    Marmontel souligne l’attitude digne de Louis XVI pendant la cérémonie : «Vous auriez vu notre bon roi (car un seul an de règne lui a mérité ce titre) vous l’auriez vu, avec cet air de simplicité qui peint la candeur de son âme, sans faste, sans ostentation, sans apparence de vaine gloire, au milieu d’une pompe si propre à l’éblouir, y conserver cette dignité sage qui est la décence de son rang. Mais vous savez combien la vanité le blesse, il n’a fait que se ressembler».
    Après le banquet, servi dans la salle du Tau, Louis XVI, apprenant que le peuple, assemblé devant le palais archiépiscopal, désire le voir encore, part se promener, sans cortège, sans garde, seul avec la reine, sur la galerie qui va du palais au portail de la cathédrale. La foule l’acclame. Il se laisse toucher par les uns, prête l’oreille aux vœux des autres, y répond avec bonté. Une popularité qui émeut les Rémois.
Marmontel ne manque pas de rendre hommage à la cordialité des Rémois, à «leur empressement à remplir tous les devoirs de l’hospitalité dont leur zêle dépasse les bornes : cette émulation louable n’est que l’effusion de la joie. Il est si naturel à l’homme heureux que tout soit heureux avec lui!»
    Le lendemain du sacre, le cortège royal quitte Reims pour regagner Versailles.

    Extraits de Reims 1600-1800 - Deux siècles d'événements  de Daniel Pellus. © Éditions Fradet, 2005. Tous droits réservés.








Le sacre des rois
de France à Reims




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Le Couronnement de Louis XVI. BMR.




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Le Couronnement de Louis XVI :
   L’habillement du Capitaine des Cent Suisses de la Garde du Roy,
François-César Le Tellier.
BMR.