Éditions Fradet
1
6, bd de la Paix - 51100 REIMS
Tél : +33 (0)9 60 00 67 17
Tél / Fax : +33 (0)3 26 88 63 66

 

 

1911 en Champagne,
chronique d'une révolution
Dominique Fradet


Table des matières

1. À bas la bibine!
2. Roulements de tambour
dans la Vallée.
3. Sabotages en règle.
4. Gloire au champagne!
5. L’Aube se réveille.
6. Les Aubois voient rouge.
7. Tous à Troyes!
8. La colère des Marnais.
9. Un boulevard en flammes.
10. Vision tragique.
11. La Marne sous le choc.
12. L’Aube ne désarme pas.
13. C’était la faute au Sénat.
14. La voiture mystérieuse.
13 x 20,5 cm - 192 pages
29 photos hors-texte




 

 

L'Aube est mécontente

Bar-sur-Aube, 4 juin. — De l'envoyé spécial du "Matin" (par téléphone). – Le comité de défense a reçu ce matin un télégramme laconique : "Sommes battus, bien triste." Mais ce n'est qu'à l'arrivée du Matin, à deux heures, qu'on a connu dans ses détails la décision du Conseil d'État.

Toutefois M. Checq et ses collègues veulent attendre la publication du décret lui-même. Ils conservent le vague espoir que le gouvernement ne voudra pas sanctionner cette décision qu'ils considèrent comme la pire de toutes pour leurs intérêts.

— C'est la confirmation et la consolidation du privilège de la Marne, disent-ils. C'est la réalisation de la première parole du gouvernement : la délimitation est faite et bien faite. Il avait été reconnu que le Soissonnais n'était pas digne d'entrer dans la Champagne. Non seulement on l'y maintient, mais on nous relègue dédaigneusement au second plan, au mépris de toutes les preuves que nous avons faites. On nous gratifie d'un titre d'aumône, Champagne de seconde zone. Pour achever, on décrète que nos vins ne pourront être mélangés aux vins de la Marne sans les faire déchoir de leur noblesse. Ils n'entreront point dans les caves de champagne ; ils seront rangés dans la catégorie des vins communs, où ils côtoieront les vins du midi et d'Algérie. Et Dieu sait quels mélanges sont vendus sous le nom de champagnes de seconde zone ! Il est vrai qu'il nous reste la ressource de demander nous aussi des mesure complémentaires. Alors il faudra trois caves, une pour le champagne, une pour le champagne de seconde zone, une pour les vins communs. Toutes ces complications fiscales qui révoltent le commerce aboutiront à la seule chose que nous souhaitons maintenant : la suppression des délimitations. C'est notre dernier espoir.

J'ai demandé à M. Checq s'il craignait des troubles dans le vignoble.

— Nous allons conseiller aux vignerons le calme jusqu'à la parution du décret, nous dit-il ; mais je redoute qu'ils n'attendent pas jusque-là. Je suis très inquiet.

Aujourd'hui le quartier était consigné, à Bar-sur-Aube. Des pelotons de gendarmes circulaient dans les rues. Il n'y eut aucune manifestation des habitants. La démission de la municipalité étant devenue officielle le 26 mai denier, une délégation a été confiée à M. Geoffroy, conservateur des hypothèques et à deux autres fonctionnaires des finances, MM. Laurey et Millot, pour administrer la ville.

Cette délégation aura son plein effet à partir de demain.


Le Matin, 5 juin 1911.


1911 en Champagne au fil des jours dans la presse de l'époque