Éditions Fradet

Reims


Dernière mise à jour :
7/6/2018

Reims 1900-2000
Un siècle d'événements

Daniel Pellus









 

 


1945 : le 7 mai, à 2h41 du matin, l’Allemagne capitule
par Daniel Pellus

     Dans la nuit du 6 au 7 mai 1945, vers deux heures du matin, des voitures se succèdent devant le collège moderne et technique de la rue Jolicœur (aujourd’hui lycée Roosevelt), siège du quartier général des forces alliées commandées par Eisenhower. Elles déversent des généraux, des officiers américains, anglais, français, russes... et allemands. A 2h34, treize hommes prennent place autour d’une grande table qui servait, avant la guerre, aux réunions des professeurs. Les murs de la salle sont tapissées de cartes et de statistiques qui constituent un raccourci de la guerre. On y voit notamment la position exacte des armées sur les fronts ouest et est, le front du Pacifique, et le tableau des opérations aériennes de la journée.

    Le général Bedell Smith, chef d’état-major du général Eisenhower, est entouré des officiers alliés. La France est représentée par le général Sevez, l’Union soviétique par le général Sousloparov, l’Angleterre par l’amiral Burrough et le général Morgan, tous accompagnés d’officiers supérieurs. Dix hommes au total. De l’autre côté de la table, trois Allemands : le général Jodl, l’amiral von Friedeburg et le colonel Oxenius. Impressionnés par les dix officiers alliés qui les accueillent dans un silence glacial, ils sont restés un moment au garde-à-vous avant de s’asseoir, sur l’invitation du général Bedell Smith.


    La cérémonie est brève. Bedell Smith pose la main sur le dossier qu’on vient de déposer devant lui : «Voici, dit-il sèchement, les documents de la reddition. Je vous demande officiellement si vous êtes prêts à les signer.» Le général Jodl, raide sur sa chaise, hoche la tête en signe d’assentiment. On lui passe l’acte de reddition qu’il signe. Le dossier fait alors le tour de la table et reçoit la signature de tous les officiers alliés.

    Il est 2h41. La guerre en Europe vient de prendre fin, au milieu de cette nuit qui fut l’une des plus longues de l’histoire. Les négociations avec les plénipotentiaires allemands duraient, dans le plus grand secret, depuis plusieurs jours. Les Allemands avaient proposé une reddition séparée aux seules forces de l’ouest. Mais Eisenhower avait exigé une capitulation sans conditions sur tous les fronts et devant tous les Alliés, y compris les Russes.

    Un quart d’heure après la signature, le général Eisenhower reçoit le général Jodl et se contente de lui demander s’il comprend toute la portée de l’acte qu’il vient de signer et si les termes en seront respectés. «Ja wohl», répond Jodl (qui sera condamné à mort comme criminel de guerre et pendu à Nuremberg). L’entrevue a duré deux minutes. Eisenhower lance alors son fameux ordre du jour, remarquable par son laconisme, qui va faire le tour du monde : «The mission of this Allied Forces was fulfilled at 0241, local time May 7th 1945» («La mission des Forces Alliées s’est terminée le 7 mai 1945 à 2h41, heure locale»).

    Tandis que les Allemands sont reconduits dans leur résidence provisoire, 3 place Godinot, la joie éclate au quartier général. Ike, enfin souriant et détendu, se mêle aux officiers alliés, pose devant les photographes, fait avec les doigts le signe de la Victoire. Peu avant 4 heures du matin, il prononce le discours de la victoire : «Je pense, déclare-t-il notamment, qu’il est particulièrement symbolique que la reddition ait été signée au cœur de la France, ce pays qui a tant souffert, ce pays où nous avons débarqué en juin dernier et dont les forces armées et les mouvements de résistance nous ont tant aidés.»

    Aux premières heures de la matinée, les Rémois apprennent par la radio, avec surprise et fierté, que l’acte final de la guerre en Europe s’est déroulé dans une école de la cité. De joyeuses farandoles parcourent le centre de la ville. La foule se presse devant cette salle de reddition dont les Rémois feront un  musée. A 15h30, le bourdon de la cathédrale se met en branle pour confirmer la nouvelle : la fin d’un cauchemar qui a duré cinq ans et qui a fait des dizaines de millions de victimes.

    Extrait de Reims 1900-2000 - Un siècle d'événements de Daniel Pellus. © Éditions Fradet, 2001. Tous droits réservés.








L'histoire de Reims


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Le 7 mai 1945, à 2h41 du matin :
le général allemand Jodl, entouré du commandant Oxenius (à sa droite)
et de l’amiral von Friedeburg,
signe l’acte de reddition.