Éditions Fradet
Reims 
 


Dernière mise à jour :
3/10/2015

50 ans de vie rémoise
1950-2000

Alain Moyat



Reims 1900-2000
Un siècle d'événements

Daniel Pellus

"Daniel Pellus a commencé
sa carrière à «l’union» le jour
même de ma naissance en 1947,
rue Clovis, et j’ai eu la chance
de le rencontrer vingt ans plus tard lorsque, timidement, j’ai proposé
mes tout premiers articles
au grand quotidien régional.
Je puis donc témoigner
de sa passion pour Reims,
son histoire, ses richesses."
Patrick POIVRE D'ARVOR.







 


 

Municipales : Jean Taittinger très facilement réélu
par Alain Moyat

    Mars 1965. — Dopée par le plan Rotival (1) qui prévoit 200000 habitants à Reims en 1980 avec notamment un rythme de construction de 2000 logements/an, la rénovation du quartier Saint-Remi, un quartier Croix-Rouge avec 50000 habitants, des équipements universitaires, sportifs et de loisirs, la locomotive Taittinger a trouvé un superbe rythme de croisière depuis 1959, porté aussi par une insolente croissance. Dans ce contexte, les élections municipales de mars 1965 ne sont à vrai dire qu'une formalité, même si les centristes tentent de faire de la résistance.
    A la tête d'une liste d’Union démocratique pour l'expansion de Reims dans laquelle on trouve des socialistes, Pierre Schneiter critique «le retard pris dans la construction des logements». Il cible ses attaques sur le maire sortant : «Un homme aussi remarquable soit-il n'est pas capable de voir tous les problèmes. Seule une équipe peut administrer la ville.»
    Enfin, l'ancien président de l'Assemblée nationale ferraille contre la forte tendance au bipartisme : la droite UNR d'un côté, le PCF de l'autre.

68,67% d'électeurs

    Dimanche 14 mars : 50856 électeurs sur les 73948 inscrits vont aux urnes. La liste Entente pour le développement et la prospérité de Reims conduite par Jean Taittinger, Roger Raulet et Jean Falala, en tête dans 33 des 41 bureaux de vote, devance de plus de 7000 voix la liste d'Union démocratique (PCF-PSU) emmenée par René Tys. Avec 48,75% des suffrages, il lui manquait 617 voix pour être élue dès le premier tour de scrutin. Loin derrière : la liste Schneiter avec 16,52% des suffrages.
Battu par René Tys aux dernières cantonales de mars 1964, Jean Taittinger, en ballotage favorable, s'applique entre les deux tours à séduire les partisans de M. Schneiter : «Vous qui avez voté pour la liste Schneiter par amitié, conviction ou calcul, vous vous refuserez, en vous maintenant dans une abstention, à faire le jeu des communistes.»
    Le message est compris. Le dimanche 21 mars, Jean Taittinger recueille 4426 voix de plus qu'au premier tour et totalise 56,86% des suffrages devant la liste Tys alors qu'il n'y a qu'un électeur de plus qui s'est déplacé. Cinq jours plus tard, par 35 voix pour et une abstention — manquait Jacques Fournier —, Jean Taittinger réélu maire affiche son credo : «Plaçons ce mandat sous le signe du service permanent que nous devons rendre à nos concitoyens.» Il s'entoure de huit adjoints : Roger Crespin, Jacques Barot, Robert Faupin, Gabriel Gaudebert, Roger Raulet, André Bernard, Frédéric Jacob et F. Lallement.
    Quelques minutes auparavant, le doyen, M. Reveillé (81 ans) n'avait pas manqué de fustiger «ceux qui prétendent avoir l'exclusivité de la démocratie, mais dont les promesses et les projets ne visent qu'à abattre ou à démolir quelqu'un ou quelque chose.»

    (1) Colonel en retraite, architecte, Maurice Rotival, qui avait remodelé Johannesbourg et Caracas, appuyé par M. Sudreau, ministre de la Construction, applique sa méthode à Reims. Un seul mot d'ordre : l'expansion avec en filigrane la création de grands boulevards, le passage en ville d'une autoroute urbain. Reims doit être une capitale européenne et régionale, une métropole économique, universitaire, touristique, culturelle et sportive.

    Extrait de 50 ans de vie rémoise : 1950-2000 d'Alain Moyat. © Éditions Fradet, 2000. Tous droits réservés.


Présidentielles

par Alain Moyat

    Décembre 1965 : les Rémois participent aux élections présidentielles. Charles de Gaulle en tête dès le premier tour confirme au second tour. Il totalise 53,97% des suffrages contre 46,03% à François Mitterrand. Un score moindre qu'au niveau national (55% à de Gaulle, 45% à Mitterrand).

    Extrait de 50 ans de vie rémoise : 1950-2000 d'Alain Moyat. © Éditions Fradet, 2000. Tous droits réservés.


25 avril 1966 : Alexis Léonov au pays du champagne
par Daniel Pellus

    Un an après avoir reçu la première femme cosmonaute, Reims accueille un autre cosmonaute russe aussi célèbre : Alexei Léonov, l’homme qui, au cours d’un vol cosmique historique, en mars 1965, quitta son vaisseau spatial pour flotter dans le vide total de l’espace, à 200 kilomètres d’altitude. Il est le premier «piéton de l’espace».
    Lors d’une conférence de presse donnée à son arrivée en France, il a souhaité visiter notamment dans notre pays la cathédrale de Reims et une cave de champagne. Le voilà donc à Reims, le 25 avril 1966, pour une visite-éclair. Souriant et décontracté, il descend de voiture sur le parvis de la cathédrale, caméra en main... Le seul signe distinctif de cet homme de taille moyenne, blond, aux yeux rieurs, est son uniforme : une veste kaki d’officier supérieur de l’armée soviétique constellée de décorations et un pantalon bleu. Aussitôt, il commence à filmer. La cathédrale, dorée sous le soleil qui brille ce jour-là, est un sujet qui l’enthousiasme. «C’est incontestablement, dit-il, l’un des plus beaux monuments d’Europe. Pensez au prodige de création, au travail humain qu’il représente.» Et il se dirige vers le portail nord pour faire un gros plan de L’Ange au sourire, dont il a manifestement entendu parler. Puis il aperçoit des enfants qui jouent au pied de la statue de Jeanne d’Arc et s’approche d’eux pour les filmer... quand il se trouve nez à nez avec un colonel américain, touriste comme lui, qui a l’air un peu éberlué de se trouver en ce lieu face à un colonel soviétique en grande tenue. Mais le contact est vite établi, sympathique : How do you do?... Merci... Thank you... Spassibo... Please... Pojalousta...
    Alexei Léonov est pressé. Revenant d’Auboué, en Meurthe-et-Moselle, où il a inauguré un parc municipal qui porte son nom, il doit présider le soir même un gala à l’Opéra de Paris. Mais il veut aussi découvrir les caves de champagne. Chez Pommery, il parcourt au pas de course, les galeries baptisées Londres, New-York, Montréal, Melbourne... «Un véritable cosmos souterrain! s’exclame-t-il en riant. Mais où est donc Moscou?»... Léonov pose aussi beaucoup de questions : «Combien de bouteilles avez-vous en cave?... Combien en vendez-vous?... Quelles sont les conditions les meilleures pour conserver le champagne?»...
    Dans le bureau de Guy de Polignac, le cosmonaute signe trois livres d’or : celui de la maison Pommery, celui de l’Association France-URSS et celui de la faculté des sciences que le doyen David a apporté dans sa serviette. Comme Léonov est aussi un artiste et un peintre de talent, il illustre chaque fois sa signature : une grappe de raisin pour la première, une colombe pour la deuxième et une mouette pour la troisième. Avant de quitter Reims, il prend le temps d’aller signer un quatrième livre d’or à l’hôtel de ville et de trinquer avec Jean Taittinger à qui il avoue, toujours avec le sourire, qu’il aime beaucoup le champagne.

    Extrait de Reims 1900-2000 - Un siècle d'événements de Daniel Pellus. © Éditions Fradet, 2001. Tous droits réservés.


Johnny a déménagé, ses fans ont démoli
par Alain Moyat

    Décembre 1966 — Notre confrère Pierre-Alain Cailleux a assisté au concert donné à l'Empire en décembre 1966 par Johnny Hallyday. Première d'une tournée qui promet, la soirée va être chaude. «Il n'y a plus un strapontin de libre.» En avant-première, histoire de chauffer la salle, avec 45 minutes de retard, les Blacks Byrds, puis Long Chris «le cow-boy triste». Entracte. Johnny se fait attendre. Vingt, finalement 40 minutes.
    Enfin «le messie arrive» et se donne à fond. Le Pénitencier, Noir, c'est noir...  Il enchaîne les tubes, transpire à grosses gouttes. «Il jette sa cravate et sa chemise.». C'est la mêlée pour s'emparer des «précieuses reliques». Mais soudain des fauteuils de la fosse d'orchestre volent. Johnny entonne Si j'étais un charpentier... Le lendemain à l'Empire, l'ébéniste, lui, a eu pas mal de travail.

    Extrait de 50 ans de vie rémoise : 1950-2000 d'Alain Moyat. © Éditions Fradet, 2000. Tous droits réservés.





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21 mars 1965 : le soir même
de son élection, Jean Taittinger
visite
l’union et s’attarde au marbre avec M. Guggiari, gérant, et Daniel Pellus, reporter.




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25 avril 1966 : Alexei Léonov visite les caves Pommery, à Reims.





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Décembre 1966 :
Johnny a séduit...



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...mais les strapontins de l'Empire n'ont pas résisté à la folie des fans.