Éditions Fradet
Reims 


Dernière mise à jour :
21/10/2017


A PARAÎTRE
en 2018

L'Affaire Bolo pacha
1914-1918
par Dominique Fradet

BONNES FEUILLES

Qui était donc Bolo pacha ?

Un homme heureux de vivre

Bolo, la soprano et le khédive

7 - Les millions de Bolo pacha

 
8 - Pierre Bouchardon dit "Le Grand Inquisiteur"

A suivre

Contact avec l'auteur :
dominiquefradet@wanadoo.fr




 


Bolo pacha, un homme heureux de vivre
par Dominique Fradet

    A Paris, les Bolo menaient grand train. Ils avaient quatre chevaux dans leurs écuries, un superbe mail-coach avec piqueur et valet de pied, deux voitures automobiles. Ils avaient pignon sur rue. La rue de Phalsbourg en l’occurrence dans le XVIIe arrondissement. Une voie relativement récente et des immeubles cossus dans ce qui n'était encore une quarantaine d’années auparavant qu'un vaste terrain vague en bordure du parc Monceau. Une rue paisible si ce n’étaient les cavalcades auxquelles se livrait d'aventure Paul Bolo quand il essayait ses chevaux. Alors toute la rue était aux fenêtres.
    Les Bolo, qui résidaient au numéro 17, tenaient table ouverte. Il venait chez eux beaucoup de monde, et rien que du beau monde, des sénateurs, des députés, des ministres, des hauts fonctionnaires, des diplomates, des généraux, des magistrats, des banquiers. On y mangeait délicieusement bien, les vins étaient  excellents, les alcools et les cigares aussi. Le couple Bolo savait recevoir. L'atmosphère était conviviale et somme toute bon enfant. « Chez eux tout était de bon goût, témoignera plus tard Louis d'Iriart d'Etchepare, député des Basses-Pyrénées, qui avait fait la connaissance de Bolo en 1914. On était reçu convenablement, sans rien qui donnât l'impression d'un train de maison formidable. (1) »
    Marcelle était une jolie femme, mince, élégante, de nature enjouée, vive, intelligente.  Elle avait un petit air résolu. De fait elle ne manquait pas d'aplomb. Née Pauline Moiriat, celle qui devait devenir Marcelle Bolo avait été un temps chanteuse de music-hall, connue à l'époque sous le nom de Marcelle Gay.  « J'ai chanté, c'est vrai,  devait-elle s'étonner un jour auprès de Maurice Prax du Petit Parisien.  J'avais dix-huit ans. Est-ce un déshonneur que d'avoir été artiste ? Moi, je n'en ai jamais rougi.(2) »
    Un jour, tandis que la jeune femme se produisait au concert des Quinconces, à Bordeaux, un admirateur avait demandé à lui être présenté et il ne s'était pas passé longtemps avant qu'il ne l'épousât. C'était Fernand Muller. Un négociant en vins fortuné. Un « fort bel homme » aux dires de Marcelle (3), mais que la mort ne devait pas tarder à emporter.
    De ce premier mari, qui lui avait laissé en héritage un capital immédiatement réalisable de 2.500.000 francs environ, 1.825 actions des Établissements Richard et Muller et le bénéfice d'un usufruit représentant annuellement quelque 47.000 francs, Marcelle Bolo chérira toujours la mémoire, ne manquant jamais d’aller fleurir sa tombe quand elle passait par Bordeaux.
    Quant à Paul, qui était natif de Marseille, il avait trente-sept ans lorsqu'en novembre 1904 il avait fait la connaissance de la jeune, jolie et riche veuve de feu Fernand Muller. Le 15 mai suivant, il l'épousait.
    Paul Bolo était un personnage étonnant, « doué par la nature d'avantages dont il sait tout le prix, blond, grand, mince, élégant de tournure, moustache soyeuse, œil câlin, faconde intarissable et art du boniment, toutes les allures d'un charmeur et d'un félin » dira de lui le capitaine Bouchardon (4),
« charmant, séducteur, heureux de vivre », si l’on en croyait Gheusi (5). « Il racontait volontiers des histoires extravagantes que personne ne prenait au sérieux », rapportera L’Écho de Paris (6).  « Il était quelque peu bluffeur, convenait Louis Iriart d’Etchepare, député des Basses-Pyrénées. Il disait communément « Raymond », « Louis », « Joseph ». Cela voulait dire Poincaré, Barthou, Caillaux. Mais n'était-il pas Méridional ? (7) »  Au téléphone, il tutoyait  des ministres « qu’on devinait n'être point au bout du fil (8)» s’amusait Joseph Garat, député des Basses-Pyrénées lui aussi.  
    A entendre son épouse, Paul avait une vie bien réglée. Levé à sept heures, il recevait à 9 heures, allait ensuite faire ses affaires, rentrait pour déjeuner, après quoi il retournait à ses affaires. Il n'acceptait pas à déjeuner ni à dîner dehors sans elle, son bonheur étant d'être auprès d'elle, en compagnie de leur vieux caniche.
    A vrai dire, de ce méridional dont Gheusi se plaisait à dire qu'il
« faisait retomber sur son front une mèche calamistrée de ses cheveux de dandy provincial et, vulgaire comme à dessein » et qu’il « forçait l'attention de l'interlocuteur par des images faubouriennes et primaires » (9), on ne savait pas grand-chose.
    Du moins avait-il un frère, Henry, de neuf ans son aîné, qui était honorablement connu, qui, homme d'église, avait été élevé à la dignité de protonotaire apostolique en 1903, qui était très parisien. Ses sermons, ses conférences étaient courus. On se pressait en l'église de la Madeleine pour l'écouter, la bonne société du moins. Et, quand Mgr Bolo avait donné, salle Gaveau, une série de conférences sur « Les Jeunes filles d'aujourd'hui », Le Figaro avait salué un succès « triomphal ». (10)
    Paul Bolo avait également un répondant de qualité en la personne du président du tribunal de première instance de la Seine, Ferdinand Monier. C'est le ministre de l'Agriculture, Joseph Ruau,  qui les avait présenté l’un à l’autre. Les deux hommes avaient sensiblement le même âge. Ils avaient tout de suite sympathisé. Depuis, ils ne se quittaient plus.
    Lorsqu’en septembre 1914 il s’était vu décerner le titre de pacha par le khédive d’Egypte, Bolo avait tranché que désormais il signerait Bolo pacha et qu’il se ferait appeler Bolo pacha. Au grand dam du président Monier qui s’était exclamé à l’adresse de son ami : « Comment, vous avez déjà un nom à consonance étrangère et vous allez lui donner un aspect absolument et authentiquement étranger, on va vous prendre pour un Turc ! Bolo ! Bolo pacha ! (11)
»

    Extrait de L'Affaire Bolo Pacha de Dominique Fradet à paraître fin 2017 - début 2018. © Éditions Fradet. Tous droits réservés.

    NOTES
    (1) Le Petit Parisien, 10 février 1918
    (2) Le Petit Parisien, 3 décembre 1917.
    (3) Ibid.
    (4) Les Procès de Trahison, n° 1, 2 mars 1918, « L’Affaire Bolo au 3e Conseil de Guerre (I) », p. 3.
    (5) Gheusi (Pierre-Barthélemy), Cinquante ans de Paris : mémoires d'un témoin oculaire, 1889-1939, Paris, Plon, 1940.
    (6) L’Echo de Paris, 10 septembre 1917
    (7) Le Gaulois, 10 février 1918.
    (8) Le Gaulois, 9 février 1918
    (9) Gheusi (Pierre-Barthélemy), Cinquante ans de Paris : mémoires d'un témoin oculaire, 1889-1939, Paris, Plon, 1940.
    (10) Le Figaro, 23 mars 1911.
    (11) Revue des Causes Célèbres, n° 49-50, 24 août 1919, « Charles Humbert, Lenoir, Desouches, Ladoux devant le 3e Conseil de Guerre », p. 789.








Paru chez le même éditeur

1911 en Champagne,
chronique d'une révolution
Dominique Fradet

Extraits