Éditions Fradet
Reims 


Dernière mise à jour :
2/8/2017


A PARAÎTRE
(fin 2017 - début 2018)

L'Affaire Bolo pacha
1914-1918
par Dominique Fradet

BONNES FEUILLES

1 - Qui était donc Bolo pacha ?

2 - Un homme heureux de vivre

5 - Bolo, la soprano et le khédive

7 - Les millions de Bolo pacha

A suivre

Contact avec l'auteur :
dominiquefradet@wanadoo.fr




 


Les millions de Bolo pacha
par Dominique Fradet

 

    Qui était Bolo ? A la Sûreté générale aussi, on se posait la question. Une note confidentielle reçue de Bâle dans le courant du mois d’octobre 1916 indiquait en effet que, sur les conseils de l'ex-khédive, les Empires centraux auraient pu confier à Bolo le soin d'organiser à Paris une propagande germanophile. Il était question d'une somme de dix millions. Chargé d'enquêter sur cette affaire, le commissaire divisionnaire Jean France avait estimé que l'homme était difficile à surveiller, mais qu'on pouvait sans doute retrouver la trace de l'argent. (1) De fait, il allait bientôt être informé qu'un chèque avait été délivré sur la place de Paris et que ce chèque venait d'Amérique (2). Partant de là, il découvrit que Bolo avait un compte à l'agence AM du Crédit Lyonnais, que dix millions et demi avaient été portés au Comptoir d'Escompte au crédit de Mme Bolo et que des paiements importants étaient intervenus au profit de différentes personnes, au profit de Charles Humbert notamment.
    D'où venaient tous ces millions ? Fin décembre 1916, le commissaire divisionnaire Jean France était à même de répondre à cette question. Du moins en partie. L'enquête qui s'était poursuivie à Montréal avait permis d'établir que Bolo s'était présenté à la Royal Bank of Canada de la part de la banque Périer. Il était chargé, disait-il, d'acheter du papier pour Le Journal. Il disposait depuis quelques années de fonds importants à la Banque Amsinck et Cie, de New-York, poursuivait-il, mais, cette banque étant réputée pour être germanophile, il souhaitait retirer son argent, soit environ 1 million 700.000 dollars, pour le déposer à  la Royal Bank of Canada. Ce qui fut fait en cinq versements. Sur cette somme, 170.000 dollars avaient été versés au compte de Charles Humbert. 5.000 dollars à celui de Jules Bois, un écrivain que Bolo avait rencontré à New-York, 500.000 dollars à celui Mme Bolo, à Paris. Enfin, dans le courant d'avril 1916. de retour en France, Bolo avait fait retirer par la banque Morgan le million de dollars demeuré en Amérique. Restait qu'on pouvait s'interroger sur l'origine de ces dollars — 1 million 700.000 dollars, soit 10 millions de francs — qu'à Montréal Bolo disait avoir en dépôt "depuis quelques années" à la Banque Amsinck et Cie, de New-York (3).

    Le 2 janvier 1917, le directeur de la Sûreté, Louis Hudelo, informait le président de la République du résultat de l’enquête menée par le commissionnaire divisionnaire Jean France concernant Bolo. On n’avait pas réussi jusqu’ici à identifier l’origine des fonds que Bolo avait fait passer d’une banque américaine dans une autre, regrettait-il. En tout cas ils ne venaient pas de France, croyait comprendre Raymond Poincaré, et n’avaient pas originairement appartenu à Bolo. Hudelo, pour sa part, pensait qu’ils devaient être envoyés par Hearst.

    Le chef de l’Etat entendait qu’on en terminât au plus vite avec cette affaire — car dans son esprit il y avait bien une «affaire Bolo pacha», elle était «toujours très nuageuse et très obscure ; mais on sent qu'elle recèle des poisons», écrivait-il (4). Il obtenait de Briand que le dossier Bolo fût communiqué au Conseil des ministres. S'y trouvait notamment une lettre du 2 mai 1916 par laquelle l'ambassadeur de France à Berne, M. Beau, informait le Quai d'Orsay que l'ancien khédive aurait été en relations avec un envoyé du gouvernement allemand, qu'il se serait vu proposer des sommes considérables pour organiser une campagne pacifiste, qu'il se serait alors adressé à Bolo, mais que, relevait Raymond Poincaré,
«Bolo, une fois en possession d’une somme de trois millions qu’il devait utiliser pour la propagande réclamée, n’aurait pas tenu parole et aurait employé les trois millions pour ses intérêts personnels, notamment pour l’achat d’un terrain à Biarritz. Le Khédive n’aurait pu arriver à obtenir de Bolo le remboursement de ce qui lui avait été remis. Sur les reliquats des sommes reçues par Abbas du gouvernement allemand, Bolo aurait acheté des actions de certains journaux français (5).»
    Il n’y avait pratiquement plus de Conseil des ministres ou de Comité de guerre sans que l’affaire Bolo ne fût évoquée. Poincaré insistait auprès de Briand pour qu'une instruction fût ouverte.

    Extrait de L'Affaire Bolo Pacha de Dominique Fradet à paraître fin 2017 - début 2018. © Éditions Fradet. Tous droits réservés.

    NOTES
    (1) Le Matin, 7 février 1918 3e éd.
    (2) Revue des Causes Célèbres, politiques et criminelles - Les Procès de Trahison, n° 2, Samedi 9 mars 1918, « L’Affaire Bolo au 3e Conseil de Guerre », p. 62.
    (3) Le Matin, 7 février 1918 3e éd.
    (4) Raymond Poincaré, Au service de la France : neuf années de souvenirs, IX, « L’année trouble, 1917 », Paris, Librairie Plon, 1932, p. 58.
    (5)
Ibid, p. 52.








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Dominique Fradet

Extraits