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Dernière mise à jour :
13/5/2018
 

  Dominique fradet - La Montagne Kurde
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Hanif agha
par Dominique Fradet


    Il avait le sens de la justice. Il respectait les autres. Lorsqu’un différend opposait des villageois entre eux, on avait recours à lui. On savait qu’il trouverait la bonne solution pour les deux parties. Au départ, il n’était pas agha et il n’était pas non plus fils d’agha. Hanif était devenu agha tout seul grâce à son intelligence. Sa maison d’Hadj Khalil était comme un tribunal et lui comme un juge. Il avait même fait aménager une prison chez lui.
    Hanif agha était devenu en quelques années un propriétaire terrien considérable.

    Comme Hanif agha était puissant dans la région, les Français lui avaient confié le soin d’y lever l’impôt pour leur compte. Ce qui lui valait d’avoir un grand nombre d’ennemis. D’ailleurs, quand il se déplaçait, il était toujours accompagné d’une cinquantaine de cavaliers en armes.
    Ses ennemis tentèrent bien de discréditer Hanif agha aux yeux des Français en faisant courir le bruit qu’il s’employait à favoriser le retour des Turcs dans la région. La rumeur remonta même jusqu’à Paris. Hanif agha protesta de son amitié pour la France et l’affaire fut classée. Toujours est-il que, l’année suivante, il prenait l’avion pour Paris où il s’entretint longuement avec les politiques et les militaires en charge du dossier syrien.

    Hanif agha était de retour à Hadj Khalil depuis quelque temps déjà quand on vint lui annoncer la visite imminente d’une importante délégation française. Aussitôt il entreprit d’aménager la station de Rajo en conséquence, fit venir d’Afrine des cuisiniers français à même de préparer des mets auxquels on était habitué en France, enjoignit aux boulangers de Rajo – des Arméniens pour la plupart – de se préparer à faire du pain en quantité pour le distribuer gratuitement à toute la population tant que les Français seraient là. Enfin le grand jour arriva. Une multitude de drapeaux tricolores donnait au bourg un air de fête. Les tribus de la région étaient toutes là. Elles avaient dressé leurs tentes devant la station afin d’honorer leurs hôtes dont l’arrivée fut saluée par une cinquantaine de tambours.
    Une quinzaine d’officiers avaient fait le déplacement. La plupart étaient venus spécialement de Paris. L’accueil qui leur fut réservé fut à la hauteur de l’événement. Un grand festin les attendait au cours duquel il fut bien entendu question de la situation dans la région. En repartant, les Français invitèrent Hanif agha à venir une nouvelle fois à Paris. «Nous aurons à discuter d’une affaire importante», lui laissa-t-on entendre.
    À Paris, où Hanif agha se rendit un peu plus tard à bord d’un avion de l’armée française comme précédemment, on lui fit savoir qu’on envisageait de placer sous son autorité tout le Nord de la Syrie jusqu’à Antakya et Iskenderun.


    Hanif agha aimait beaucoup Paris. Il s’y était fait un grand nombre d’amis. Il songeait même à s’y installer. Mais sa femme refusa. De toutes façons, il était à peine rentré à Hadj Khalil qu’il tomba gravement malade. Il avait contracté la fièvre typhoïde. En même temps il n’avait pas confiance dans les médecins arabes. «Je suis un ami de la France et les Arabes veulent ma mort», clamait-il. Un médecin arabe pourtant avait conservé sa confiance. On le fit venir d’Alep où il exerçait. Il aurait donné au malade une infusion à boire. Le fait est que, lorsqu’il repartit, Hanif agha était mort... C’était en 1928. Il avait cinquante-neuf ans.

    D'après La Montagne Kurde, © éd. Fradet, 2006. Tous droits  réservés.

    Source orale.
    Jamil agha, fils d'Hanif agha, à l'auteur, Rajo, Mars 1998.

 



 

 

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